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Villa Vortex M.-G. Le Dantec
La mystique du galimatias
Nul ne peut plus contester l'urgence de réformer la loi de 1970. Il est temps, plus que grandement, d'interdire l'usage des drogues - végétales et ou chimiques - à tout individu salarié de la plume. A fortiori, lorsque le susdit commet - selon les augures d'un cycle personnel obscur - un lourd pavé sans mare quasi annuel. M. Dantec souffre d'un prurit de vocabulaire et il tient à le faire savoir. M. Pivot vient de trouver l'auteur idéal et interminable qui va lui permettre d'assurer ses Dictées jusqu'à la fin des temps. M. Dantec souffre, surtout, du complexe de l'autodidacte de bric et de broc. Fier d'avoir su échapper aux rets de l'Alma mater supérieure, il n'en demeure pas moins le potache malhabile et ahuri, tripotant du savoir sorbonnard en une furieuse geste masturbatoire. Le résultat - à l'image du costume qu'il s'est de ses mains taillé - est ridicule. Grotesque. Un pavé hybride brassant les pires travers du thriller-best-seller, des élucubrations fumeuses d'un Moyen Age revisité par un New Age halluciné, et des digests pseudo-scientifiques qui ne font que trahir la terreur névrotique de leur auteur : ne pas être de son temps, s'attraper la réputation du quadragénaire has been. M. Dantec souffre d'une maladie bien plus endémique que le SRAS. M. Dantec est atteint d'un jeunisme suraigu et mutant. Pas une page où il ne nous fasse connaître ses goûts musicaux remixés, où il ne nous afflige d'une vulgarité de bobo branché. Bref, M. Dantec vieillit - comme tout un chacun - mais mal. Àl'âge médian où l'on commence à regretter sa jeunesse et où il devient malaisé de s'imaginer un avenir, M. Dantec, lui, carrément, envisage la fin de l'Homme. Non que l'idée ne fût point intéressante. Non qu'elle n'ait déjà été cent fois traitée, biaisée, sublimée. Cette fois, cette géniale vision d'Occidental suralimenté coïncide avec une autre pataphysique très rabâchée, elle aussi : la fin de la littérature. Et l'essor des Star Academy et autres Nice people du roman. Ces 800 pages de galimatias, somme toute, auraient pu être aussi bien hardiment torchées par un forum d'allumés de la Toile littéraire. Chacun y va de son paragraphe, de son chapitre, on aligne les coq-à-l'âne, on brasse, format PdF, on peut même expédier aux passionnés du genre. Un atelier d'écriture interactif, sympa, ouvert à tous ceux que démange la célébrité éphémère d'une connexion. Un logiciel dédié peut même faire l'affaire. Avec l'Homme, Dieu, la Guerre, la Polis et autres vaines majuscules en guise de paramètres, un brave et inusable système binaire doit bien arriver à exécuter une semblable somme d'inepties. Inepties à même de rassurer les trouillards de tout bord : non la Machine n'est pas près de détrôner l'Intelligence humaine ! Il sera donc beaucoup pardonné à M. Dantec.
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