Thomas Savage
Un Jim Harrison d'avant la lente noyade dans des repas d'après-chasse. Un Jim Harrison fidèle à Dalva, tel pourrait se présenter Thomas Savage. A l'autre bout de la prairie, du moins, c'est-à-dire à l'horizon de nos courtes vues de citadins de la Vieille Europe.
Le longiligne cavalier qui s'approche de nos jumelles vient contredire, de foulée en paragraphe, la comparaison simpliste. Certes, il est de la tribu mythique du Montana, il en est même un des "ancêtres". Certes, l'intimité des personnages n'est rien sans le chœur d'un décor omniprésent qui façonne et burine les âmes comme les montagnes. Les hommes et les manières sont rudes et les détails vains souvent, dans des contrées auxquelles on s'est plié tout en se glorifiant de leur conquête.
Thomas Savage n'est pas Jim Harrison. Pas d'apitoiement fruste sur ses déboires, pas de gloriole empâtée du muscle.
Sinon dans ses veines, du moins sous sa plume, coule le sang bien élevé de ces aristocrates taiseux et sportifs, que personne n'a jamais surpris en d'autres occupations que celles du grand air. De ces gens bien trop fiers et modestes pour se vanter d'une quelconque appétence pour les lettres. Leur bibliothèque est remplie de trophées de chasse, de manuels de jardinage. De poussière. Et leur propriétaire, lorsqu'ils parlent, n'oublient aucun subjonctif. Quand ils parlent. L'understatement, à leurs yeux, se révélant une méthode de communication bien plus efficace.
Rassurons-nous. Dans ce Far West là, tout n'est pas blanc ou noir. Pas de cliché écœurant. Pas de héros d'un seul tenant ni de crapule monolithe. Des silences, des non-dits, des joies et des aigreurs tenues en laisse. Bref, des centaines de lignes bienvenues en leur absence. Thomas Savage - quelle bouffée d'air ! - n'est pas de cette génération bavassière qu'une armée de psys a dressée à la logorrhée.
De la tenue, du style, de l'humain de vraie chair et de l'épique quotidien qu'en ces temps et contrées-là, on se contentait d'appeler expérience.
L'antidote féroce au nombrilisme débraillé de nos écrivaillons d'un jour de rentrée littéraire...
Thomas Savage Le pouvoir du chien (Belfond - 2002)
La reine de l'Idaho (Belfond - 2003)
Fred Vargas
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